vendredi 25 octobre 2013

Biennale WTS # 7 : Marie Hendriks "Local Exoticism"


Dans le cadre de la Biennale Watch This Space # 7 organisée par le réseau 50° Nord autour de la création émergente contemporaine, Lieux-Communs présente jusqu'au 26 janvier 2014 l’exposition « Local Exoticism » de Marie Hendriks. La Biennale se déploie sur le territoire français et belge autour d’événements et d’une quinzaine d’expositions que les structures membres du réseau conçoivent avec des artistes de la jeune création eurorégionale sélectionnés sur dossier.


Marie Hendriks, née en 1981 à Nijmegen (Pays-Bas) vit et travaille en Belgique. Elle a notamment exposé en solo à la Maison Rouge (Paris), au Château des Adhémar (Montélimar) ainsi qu’au Palais d’Iéna (Paris), au Musée de Calais, au Fresnoy…
« Les rideaux et voilages servent dans nos maisons à obstruer la vue de l’extérieur vers l’intérieur, comme un frontière entre l’espace public et intime.
Pourtant, certaines personnes choisissent de placer, en façade, quelques objets en rebord de fenêtre entre la vitre et le voilage. Ce rebord de fenêtre devient alors comme un petit espace de représentation destiné à donner une idée, aux passants, de la qualité de la décoration intérieure, par ailleurs cachée.
L’espace de Lieux-Communs se situe entre deux vitres en rez-de-chaussée, le long de la façade de la gare.
J’ai choisi avec l’installation Local Exoticism, d’y recréer ce jeu entre ce qui est donné à voir et ce qui est laissé à deviner et, comme le suggère le titre, entre le proche et le lointain.
Un grand rideau théâtral, recouvre la totalité de l’espace du plafond au sol. Il est constitué d’une association surprenante de tissus aux origines et styles discordants : un motif de style classique à médaillons, un imprimé léopard ainsi qu’un motif floral et animalier exotique. Ce grand drapé coupe la vue sur l’intérieur du bâtiment. Son style indéterminé trouble et donne des indices contradictoires si l’on veut imaginer un espace assorti, dissimulé derrière.

 

Le rideau fonctionne également comme un fond de scène, puisque trois Contorsionnistes sont placés devant. Il s’agit d’un trio de « sculptures – socles » (des sculptures capables d’en accueillir d’autres sur leurs dos) réalisées en plexiglas miroitant et munies de mains en porcelaine. Deux d’entre elles sont sans pièce associée tandis que sur la troisième , à l’extrémité gauche, se dresse Singo. Cette différence crée un déséquilibre, un vide qui sont destinés à être comblés par les projections de volumes imaginaires des spectateurs.
La sculpture Singo prend la forme d’une vanité exotique. Un singe mange une banane tout en étant accroché à un bananier. L’arbre porte des fruits géants et aussi huit bagues énormes et clinquantes. Sur les genoux du singe, repose une petite Vénus. Elle se confond par sa carnation et sa taille avec les bananes au dessus de sa tête. Le singe se regarde dans un miroir et se voit comme une démultiplication de Ringo Starr, le batteur des Beatles qui doit son surnom à son goût pour les cavalières.


 

Il existe un dicton aux Pays-Bas qui dit: « Même si un Singe porte une bague dorée, il est et restera une vilaine chose ». Ce dicton illustre l’inutilité de la fatuité et invite à se méfier des apparences trompeuses. Difficile de deviner donc ce qui se passe réellement derrière les façades… » Marie Hendriks

 
"J’observe avec fascination les maisons et autres édifices qui, tout en s’inscrivant parfaitement dans leur patrimoine territorial, sortent du lot par une fantaisie de leur apparence extérieure. Ces petites extravagances faites d’art populaire, d’accumulations passionnées ou encore d’adaptations curieuses produisent une inquiétante étrangeté. Via une installation multimédia, j’aimerais reproduire cette sensation d’évasion momentanée. L’appartenance à une contrée circonscrite est partiellement remise en question, berçant le spectateur dans un entre-deux où l’unité de lieux est trouble." Marie Hendriks
 
"Mêlant réel et artificiel, à partir de références liées au folklore populaire, de souvenirs d'enfance, d'imageries des westerns et de paysages exotiques intrigants, Marie Hendriks fait naître un microcosme singulier et troublant qu'elle dévoile au sein d'aires d'exposition qu'elle métamorphose totalement en univers domestiques. Moquettes, tentures, papiers peints ornementés et désuets y forment un décor théâtral haut en formes et en couleurs.
Images et faux-semblants ou dédoublées, l'artiste propose des créations inédites autour d'une mythologie personnelle et mystérieuse inspirée de rites et de folklores traditionnels, qu'elle matérialise dans une théâtralisation du réel et la création d'espaces illusoires.
L'exposition plonge le spectateur dans une ambiance surannée qui joue avec l'ambiguïté d'une représentation du réel dont Marie Hendriks redistribue cartes et codes de lecture." Analix Forever

 
 
"From her souvenirs to the common cultures, Marie Hendriks stages stories, memories, myths and legends in settings that are at once baroque and anachronistic. Her photographs, videos and installations are characterised by a sophisticated mise en scène, where ornaments are sublime vectors of strong symbolic significations, full of allegories and metaphors. Thoughts on the art of a rising star.
The little girl? A sorceress, always. The art of magic implies much science, and the little girl knows it. She knows about bodies, about life and about the world; she knows about the time to come, the one of women; she knows that before this time there is another, immaterial time, the time called of childhood, during which she can pretend she doesn’t know; she can play – she can put at stake her knowledge, “playing with dolls” (actually playing pretending she’s a woman, a mother, representing what is still to come); she enchants the others, the world and herself, and plays pretending to be an adult without fears: she’s little. She’s out of society.
This time before time is rarely represented by girls, by those girls that belong to this mysterious false absence. Marie Hendriks (born in 1981) is one of them, someone that still dresses like a little girl, who speaks with a little girl’s voice, who includes her father, her mother and the whole family in her artistic games, and who enjoys dressing up the girls she puts on stage – and with which she plays -, like herself. In a neat, almost sulky denial of a reality that would have renounced to the wonders of childhood.
Hendriks draws inspiration from her birthplace – the Netherlands, of which she takes up textures, brocades, trails of blood and wooden essence – and imagines a world that far from opposing dreams to the stubborn reality of ordinary things, brings together mystery and daily life. A world where what is natural becomes supernatural thanks to the accuracy and rigor with which it is recreated, where natural and artificial intertwine, in this lack of distinctiveness that is typical of the best Dutch art."
Patrice Maniglier et Barbara Polla


 

vendredi 18 octobre 2013

Fresque de Gala Caki




Lieux-Communs souhaite aussi insérer dans l’espace urbain namurois des œuvres d’art permanentes, reflets de la création contemporaine.
Une première fresque de l’artiste polonaise Anna Zuber a été réalisée en 2012 en face de la Bibliothèque de la Ville de Namur et à l’entrée des Jardins du Maïeur.
Anna Zuber a arpenté le centre historique namurois pour y repérer les pignons ou les murs qui pourraient se prêter judicieusement à la réalisation d’une fresque.

Dans son œuvre, le mur a été conçu comme une paroi de verre permettant de redécouvrir deux arbres dans leur intégralité.
La proximité avec un lieu de culture, la Bibliothèque principale de la Ville de Namur, a également été privilégiée.
C'est la même logique qui a été choisie pour cette seconde fresque, réalisée sur l’édifice abritant le Cinéma Forum, la galerie d’art contemporain Short Cuts et la bibliothèque de Salzinnes.
L’artisteGala Caki est spécialisée dans les réalisations de grand format.
Originaire de Serbie, l’artiste a fait ses études artistiques à Novi Sad. Pour cette fresque, elle s’est basée sur les paysages urbains, l’architecture namuroise et la Citadelle de Namur.
Des parallèles existent entre ces deux villes fluviales que sont Namur et Novi Sad. A Novi-Sad, traversée par le Danube, la première pierre de la forteresse de Petrovaradin, dominant une colline, a été posée en 1692 par le Prince de Croÿ, symbole des liens et des échanges anciens entre régions européennes.
Une forteresse qui, pour l’anecdote et le clin d’œil, comporte de nombreux passages souterrains formant en tout seize kilomètres de galeries. Cette ville entra aussi, à un moment de son histoire, dans les possessions des Habsbourg. Novi Sad est enfin surnommée depuis le 19ème siècle l’Athènes serbe pour sa vitalité et son rayonnement culturel.


L ’artiste Gala Caki, née en 1987, a déjà exposé au Musée d’art moderne et au Multimedia Center de Novi Sad, à Belgrade, à Berlin, à Amsterdam, à Lisbonne, en Croatie, au Danemark…une carrière très internationale pour cette jeune artiste prometteuse de la scène artistique serbe.
Sonœuvre, réalisée à Namur pendant une dizaine de jours, se fonde sur une stylisation des volumes et des formes architecturales. Elle propose une vision personnelle des paysages urbains, de l’architecture namuroise et de la Citadelle de Namur.

Pour Lieux-Communs, il est intéressant de mettre en dialogue peinture, urbanisme et architecture. Ces relations croisées sont très présentes dans la création actuelle avec l’association fréquente d’architectes et de plasticiens comme Jean Nouvel et Daniel Buren. La peinture est d’ailleurs, pour l’architecte Richard Meier, porteuse d'un renouvellement de la perception spatiale.
Plus modestement, l’ambition de cette réalisation est également de requalifier un mur d’un bâtiment d’inspiration moderniste, mur devenu au fil du temps un chancre visuel.
La fresque de Gala Caki crée en quelque sorte une fenêtre permettant de questionner l’architecture, le thème de l’imaginaire urbain, le lien entre patrimoine et culture ainsi que tous les enjeux du développement d’une ville créative et durable.

lundi 16 septembre 2013

Domenico Pievani "Pièges pour les yeux"

"Il existe des lieux comme les gares qui, par leurs caractéristiques spatiales, fonctionnelles et métaphoriques représentent une situation intermédiaire où l’être humain vit dans un état d'esprit en constante transition entre la désorientation et l’appartenance.
Dans ces lieux, s’arrêter, rester, voir, s’exposer à des rencontres inattendues et passer ensemble le temps constituent autant d’éléments d’« une attention distraite », d’une agrégation momentanée souvent inscrite dans un temps particulier, celui de l’attente.
Un autre élément lié indissociablement aux gares est le voyage en train comme métaphore de la vie. Une évolution circulaire, cyclique : le temps d’attente, le départ, l’arrivée….
Un voyage, un bagage…
 
Photo : Alain Breyer
 
Chaque voyageur a un bagage et à partir de son contenu on peut imaginer la personnalité du voyageur. J’ai toujours été fasciné par les bagages entassés dans les dépôts des stations : ceux perdus qui restent en attente de leur propriétaire. Je me suis toujours demandé ce que leur contenu pourrait révéler. Le charme qu’ils exercent sur moi n’est pas du voyeurisme, mais ce qui m’intéresse et qui m’émeut est leur possibilité de donner témoignage de l’absence de la personne qui les a possédés.
Ils sont les témoins d’une absence.
Grâce à leur condition de lieux intermédiaires, les gares sont plusieurs lieux en même temps et j’aimerais en rappeler quelques-uns : lieu de voyage, lieu de départ, lieu d’arrêt, lieu d’arrivée, lieu d’abandon, lieu de rencontres imprévues plus ou moins agréables, lieu excitant, lieu de trafics et de plaisirs plus ou moins licites, lieu de transit, lieu de passage, lieu vitrine, lieu de passion et d’égarement…
 
Photo : Alain Breyer
Tout ceci est pour moi la source de visions différentes et d’émotions qui sont à la base de l’œuvre réalisée pour l’espace d’exposition « Lieux-Communs » à la gare de Namur.
L’ « installation » se présente comme un environnement où le voyage, la mémoire, le temps, la perte, les bagages, les vêtements et l’exposition de soi seront les éléments constitutifs de l’œuvre « Pièges pour les yeux »
 
Domenico Pievani
 
Photo : Alain Breyer

Au dernier regard

Enrico De Pascale*

La caractéristique universelle de n’importe quelle gare (trains, autocars…), sous n’importe quelle latitude et dans tous les coins du globe est de faire “sentir”et d’annoncer à l’avance sa présence bien avant de se montrer réellement. Dans un rayon de quelques kilomètres, tout semble influencé, “contaminé” par le modèle de la gare: signalisation, circulation, moyens de transport, parking, hôtels, immeubles, magasins…jusqu’aux couleurs et aux odeurs.
Même la foule, à proximité immédiate d’une gare, change tout à coup de composition, de densité en raison de la double circulation des gens et des marchandises qui s’en approchent et s’en éloignent. Un mouvement perpétuel causé par ce moteur immobile, formidable et magique qui est précisément la gare. Elle est le lieu le plus cosmopolite d’une ville, celui où les personnes des différentes classes sociales, races, langues, générations se rencontrent et se mêlent sans cesse.
 
Photo : Alain Breyer
Scène d’animation, de mouvements, de déplacements ( même si le sens étymologique du verbe “garer” fait plutôt allusion à l’action de s’arrêter, de rester, de demeurer, de se reposer), la gare est un endroit aux fortes qualités théâtrales, un lieu où on joue la “comédie humaine” du quotidien avec ses départs, ses arrivées, ses retours, ses rencontres et ses adieux, ses attentes, ses fuites, ses abandons, ses disparitions et ses découvertes, ses espoirs et ses déceptions, ses baisers, ses larmes et ses sourires.
Scène idéale pour une anthropologie du contemporain, la gare est un exemple typique du non-lieu de la “surmodernité” (dans le sens de Marc Augé): espace du provisoire, du transit, de l’individualisme d’une “foule solitaire” pour laquelle le mouvement n’implique (presque) jamais un acte de méditation ou de réflexion; au contraire il s’agit surtout d’actions automatiques, répétitives, dispersives. Pourtant, encore selon Augé, il suffit un regard attentif ou plutôt un “changement de regard” pour transformer la négativité du non-lieu en occasion favorable à la connaissance et à l’expérience, afin d’en extraire l’âme secrète. Ce qui explique l’intérêt constant des artistes- de Boccioni à Delvaux, de Ghirri à Jorge et Lucy Orta à Doug Aitken- ainsi que des poètes et des metteurs en scène, pour ce topos de l’imaginaire collectif.
 
Photo : Alain Breyer
D’ailleurs, ce n’est pas un effet du hasard si deux des musées les plus importants ( et populaires) de l’art moderne et contemporain de ces derniers temps- Orsay (Paris) et l’Hamburger Banhof (Berlin) - se trouvent dans une gare de chemin de fer.
Récemment, le projet napolitain pour la réalisation des stations de métro de la ville, par des artistes de renommée internationale tels que Kapoor, De Maria, Kosuth, Kentridge, Cucchi et d’autres, a pour but de répandre l’art contemporain dans la ville, en contact avec les gens , afin de créer un musée diffusé sur tout le territoire.
Lieux-Communs poursuit à Namur des objectifs similaires en proposant à des artistes différents d’intervenir dans un espace “dédié” à la création actuelle , dans les environs de la gare ferroviaire de Namur. L’endroit, converti à une fonction esthétique, a comme caractéristiques : un volume peu profond mais très développé en hauteur et en largeur qui donne sur la rue par trois grandes verrières.
Domenico Pievani, qui a une longue expérience d’interventions in-situ, a réalisé cette installation à partir, comme d’habitude, des particularités du lieu: sa structure tripartite et la proximité de la gare.
Le travail est conçu comme un tryptique ou comme une séquence de trois images liées les unes aux autres, pour le regard oblique de celui qui, le long du trottoir, se dirige vers la gare ou en sort pour se rendre en ville. La séquence des trois “vues” implique un glissement de l’œil et un rythme lent dans l’espace, comme les mouvements d’une grue de cinéma ou d’une steadycam.
Outre les trois grandes “fenêtres”, chacune articulée sur un axe vertical de tubes néon jaune, trois “cadres” semblables à trois tableaux vivants ou photogrammes mettent en scène les allées et venues d’une foule anonyme. Une “foule solitaire” ( voir David Riesman) pareille à celle qui s’égaille sans cesse, en suivant des trajectoires apparemment mystérieuses et insondables, dans les salles d’attente ou le long des quais des gares du monde entier.
Hommes et femmes “représentés” par leurs vêtements, des vestes et des robes de différentes formes et tailles que Pievani a placées à différentes hauteurs et différents niveaux de profondeur. Simulacres de personnes qui marchent dans des directions opposées: les uns avancent, d’autres montrent leur dos en faisant allusion à une profondeur d’image virtuelle, avec l’évidente intention de nous inclure. Quelques valises, deux lampes, un chariot plein de miroirs, un journal plié relient les différentes parties et expriment, comme dans une partition, le rythme interne de la mise en scène. Le travail a le charme d’une sombre énigme irrésolue et d’un événement suspendu. Avec ses vêtements anachroniques, strictement monochromatiques, anonymes et démodés comme dans un tableau de Magritte, comme les “célibataires” de “ La mariée” de Duchamp, comme dans un film noir de Hollywood des années trente.

Photo : Alain Breyer

 
Rien de nostalgique ou de polémique mais plutôt une réflexion par images sur le voyage comme métaphore universelle de la vie, de ses nombreux parcours, rencontres, imprévus, retards, coïncidences, attentes et brusques accélérations. Au centre, dans la fenêtre du milieu, deux “personnages” semblent se toucher délicatement: la robe légère d’une femme, la veste sombre et sévère d’un homme. Une rencontre accidentelle- peut-être un début- entre deux mondes séparés, deux monades. Walter Benjamin dans sa célèbre analyse du poème “ À une passante” de Charles Baudelaire ( Les fleurs du mal, XCIII) interprète l’épisode clé - l’apparition d’une charmante dame, agile et noble, dans la foule bruyante et colorée de la métropole- comme le symbole même de l’expérience du choc, essentielle dans son idée de modernité.
Au milieu de la rue assourdissante, le poète saisit dans la mystérieuse dame toute en noir, son âme-même, “un amour au dernier regard” (c’est justement à Namur le 15 mars 1866 que Baudelaire subit une attaque qui le laisse demi-paralysé et aphasique).
Sur ces mêmes thèmes ,récemment, la poétesse polonnaise, Wislawa Szymborska (prix Nobel 1996) imagine les vies des hommes presque exclusivement régies par le hasard, à tel point que le fait d’ être dans le monde, est, à son avis, une affaire de circonstance de la naissance. Son poème “La gare” présente, du point de vue formel et de l’expression, des coïncidences extraordinaires avec l’oeuvre “Piège pour les yeux” de Domenico Pievani.

*Enrico De Pascale
Critique et historien d’art . Bergame (Italie)


Photo : Alain Breyer

LA GARE

Ma
non-arrivée dans la ville N
s'est passée à l'heure ponctuelle

Je te l’avais annoncé
par une lettre non envoyée.

Tu as eu tout le temps
de ne pas arriver à l'heure

Le train est arrivé quai trois
un flot de gens est descendu.

La foule en sortant emporta
l’absence de ma personne

Quelques femmes s’empressèrent
de prendre ma place dans la foule

Quelqu'un que je ne connaissais pas
courut vers une d'entre elles
qui la reconnut immédiatement.

Ils échangèrent un baiser
qui n’était pas pour nos lèvres.
Entre temps une valise disparut
qui n'était pas la mienne

La gare de la ville N a passé
son examen d’existence objective

Tout était parfaitement en place
et chaque détail avancait
sur des rails infiniment bien tracés.

Même le rendez-vous a eu lieu.

Mais sans notre présence.

Au paradis perdu
de la probabilité

Ailleurs
ailleurs.
Combien résonnent ces mots.

Wislawa Szymborska



Lieux-Communs
Gare de Namur
 
Exposition du 15 septembre au 22 octobre 2013


mardi 10 septembre 2013

Sophia Janatti - Gare de Namur


Sur le pignon est de la gare de Namur, Lieux-Communs a intégré deux interventions picturales de Sophia Janatti. Née à Arnhem en 1983, Cette artiste, diplômée de l’Académie Royale des Beaux-Arts d’Amsterdam, vit et travaille à Leipzig. Elle bénéficie du soutien de la Fondation Mondrian.

 
Pour cette artiste, l’art est ancré dans une réflexion sociétale. Il est un moyen d’exprimer une vision à la fois poétique et politique du monde.
Dans la foulée de peintres comme Baselitz, le pinceau devient une « arme » pour la liberté d’expression, un vecteur pour exprimer l’authenticité.
Sophia travaille ses toiles, toujours de grands formats, à l’acrylique utilisant aussi des dessins au trait, recourant parfois aux textes   ainsi qu’à la peinture à l’huile pour des détails de la composition.
Le travail de Sophia Janatti est, à la base, influencé par la peinture expressionniste américaine et allemande des années 80, en ce concerne sa palette chromatique.
Figuratives, ses toiles explorent les limites de la représentation et sont aux confins de l’abstraction.
Les questions de l’autorité et des rapports de pouvoir en tout genre dans les sociétés contemporaines sont présentes en filigrane.
Ses toiles comprennent une touche d’ironie, une forme de distanciation ou d'humour: les fleurs placées dans les endroits plus étranges ou improbables de ses peintures apparaissent comme le présage de jours meilleurs.
Les attitudes de ses personnages  soulèvent la question de la peinture et de la représentation. Où regardons- nous ? Que regardons-nous ? Qu'est-ce qui se passe sous nos yeux ?
Ces œuvres sont donc parfaitement adaptées au contexte d’une place publique et d’un lieu de passage comme la gare.
 



 

« Most of the paintings are large and nearly all are extravagantly romantic. The work is volcanic, it has fire. It is unpredictable. It is undisciplined. Youthfully confident. The pictures which allow full license of symbolism, form and explanation are a curious mixture of the abstract and the symbolic.
It imposes a certain symmetry on the work without detracting from it’s basic force and vigor. In an apparent effort to give the pictures compositional unity, the black lines obscure the primary elements.”

 
 
 
“The paintings are influenced by First World War posters, the history of painting especially the early 1980′s german/american painters and Walt Disney early 1920′s cartoons in which the caracters are mostly lined and look “stupid” yet the outcome is technically outstanding. The work characterizes itself by avoiding any use of direct classical and or artistic techniques. The lines are put on canvas in one movement. The works concern covers authority issues (dilemma’s that are caused by traumatization of historical events ) as well as the meaning behind ‘man ’or ‘woman’ and what specifically defines them. References towards 16th century dutch painting is made, the characters in the paintings never expose their identity , their gestures are questioning and outlining authority and its effect on us. The colours have a supporting function and avoid any colour-use that could encourage entertainment or aesthetic values. Aesthetic allows using taste and getting rid of taste is important.  
 
 
 

samedi 10 août 2013

Waldrada Onzea "Incorporation"


 

"En plus de ses peintures abstraites et figuratives, Waldrada Onzea monte aussi des installations spatiales. Outre l’huile, elle utilise un éventail de matériaux divers, comme le bistre, le latex, la cire, le métal, le plexiglas, des objets trouvés. Elle expérimente dans l’espace, la forme et la matière pour sans cesse brouiller et transformer la figure humaine.
Elle prend pour thème la perte d’identité et la fragilité de l’être humain.(...)
Cette fascination pour le secret est à la base du travail de Waldrada Onzea. Dans sa peinture, les personnages semblent se dissoudre dans un univers oppressant, comme si nous étions témoins d’une menace imminente de dépossession de l’apparence humaine. Montées sur la surface de la toile, naissent des excroissances spatiales, pour lesquelles l’artiste utilise surtout du latex, des moules de poupées et des matériaux organiques. Une série s’inspire des anciennes méthodes légistes, recherches d’identification sur base de traces matérielles. Ses installations représentent la couche extérieure du corps, qui ne révèle que partiellement ses secrets, et créent ainsi une toute nouvelle identité. Cette dissimulation fait surgir la question: Que font les gens de leurs secrets et des traces qu’ils abandonnent derrière eux ? Et comment ces secrets vont-ils continuer une vie propre ?
Il est rare que Waldrada Onzea suive un plan préétabli. Son travail est surtout intuitif, son point de départ est souvent une idée qui prolonge une œuvre précédente. Ainsi naissent des séries qui, par l’utilisation répétitive du matériau, par la forme comme par le contenu, finissent par constituer une seule grande installation. Une installation jamais terminée: un travail en constante évolution.
L’expérimentation y tient la place principale. Selon le sujet, l’artiste alterne couches minces ou épaisses. Parfois, elle peint humide sur humide en profitant du long temps de séchage de l’huile. Elle arrache certaines parties par grattage, y redessine à la pointe ou encore mélange du caoutchouc dans la peinture. Elle se sert aussi du bistre pour son aspect et sa décoloration totalement incontrôlables lors du processus de séchage.
Waldrada Onzea peint un monde secret et mystérieux. Aujourd’hui, dans notre société transparente, ce qui est caché risque de perdre en intérêt et en valeur. Dans son œuvre, il y a toujours ce résidu insaisissable qui baigne le tout dans une atmosphère de mystère. Mais son approche ludique dans ce voyage exploratoire repousse sans cesse les enjeux et les limites de l’imaginaire."
© Eva Steynen, Anvers, octobre 2010, traduction Françoise Hivelin
 
INCORPORATION
The construction of, the adaptation to, the being part of a society contributes to the total being of an individual to that extent that some parts become overdeveloped where others are underdeveloped or non-existent. The apathy or the missing arm indicates a has been abundance. The overwhelming bosom illustrates the deficiency in what never had been given.With !NCORPORAT?ON Waldrada ONZEA again transcends the pastry limitations of the canvas. Where ONZEA explored with her works IDENTIFICATION-CENTRALISATION the limitations of the individual and to what extent they can be traced back by government and genetics, she enlightens a deeper dimension of this given with !NCORPORAT?ON. To what extent do the others determine what the individual is. “L’enfer, c’est les autres”, said Sartre. How much of the others does a human being absorb and where does that lead us, says Onzea.            Earnest



Het meebouwen aan, het aanpassen aan, het deel uitmaken van een samenleving voegt voor het individu toe aan het totale zijn tot in die mate dat bepaalde onderdelen over ontwikkeld worden, waar andere ledematen onderontwikkeld tot niet bestaand zijn. De apathie of de ontbrekende arm duidt op een afgelopen overgave. De overdadige buste illustreert het tekort aan wat nooit gegeven is.  Met !NCORPORAT?ON overstijgt Waldrada ONZEA opnieuw de pasteuse beperkingen van het doek. Waar ONZEA met de werken IDENTIFICATION-CENTRALISATION onderzocht waar de grenzen van het individu liggen en in hoeverre deze getraceerd kunnen worden door overheid en genetica, belicht ze met !NCORPORAT?ON een diepere dimensie van dit gegeven. In hoeverre bepalen de anderen wat het individu is. “L’enfer, c’est les autres”, zei Sartre. Hoeveel van die anderen verinwendigt een mens en tot wat leidt dat dan, zegt Onzea.

samedi 3 août 2013

Les Estivales 2013

 
 

En partenariat avec les ports de plaisance de Namur, Lieux-Communs organise la troisième édition du cycle d'expositions "Les Estivales". Ces expositions insolites se déroulent pendant toute la belle saison, du 1er mai au 15 septembre 2013, dans les capitaineries des ports de Jambes et d'Amée. La première de ces capitaineries est amarrée à Jambes, près du plus vieux pont sur la Meuse, et l’autre à Amée, à proximité de "Namur Plage”.
Ces expositions artistiques sont aussi un prétexte de balade de l’une à l’autre le long des berges …à pied ou en vélo.
Intégrées dans l’événement  « La Meuse en fête », ces expositions dessinent un parcours artistique et invitent à une « croisière » originale en deux épisodes sur les rives mosanes. Le regard des artistes et leurs œuvres amènent donc aussi modestement à la (re)découverte des richesses naturelles ou patrimoniales d’un fleuve et d’un territoire fascinants.
Ces expositions conjuguent art, paysages et ambiances fluviales. Elles ont l’ambition d’aller à la rencontre d’un public pluriel. Les deux capitaineries attirent en effet à la fois des touristes belges et étrangers, des promeneurs ou des habitants de ces quartiers. La brocante dominicale de Jambes, les terrasses des capitaineries, "Namur Plage" et les nombreuses activités ayant pour cadre le port et le parc d'Amée contribuent également à la convivialité ainsi qu'à l'animation des lieux.
« Les Estivales » correspondent à  l’approche artistique nomade de Lieux-Communs qui souhaite faire découvrir l’art contemporain à un très large public dans des lieux insolites.
Quatre artistes invités par l’asbl Lieux-Communs ont relevé le défi et investissent, pour des expositions de cinq semaines, les capitaineries : Elodie Guillaume, Jeroen Hollander, Pauline Tonglet et Mao Piavaux.

Jeroen Hollander , prix de la Jeune peinture belge
 
Les regards sont volontairement variés…mais ont un point commun la relation au fleuve. Les artistes se sont en effet inspirés dans leurs œuvres, spécifiquement produites pour « Les Estivales » du cadre fluvial, de l’environnement et des paysages naturels mosans…
L’art contemporain et l’effervescence créatrice de quatre artistes seront donc présents à Namur, au fil de l’eau, de mai à septembre en bord de Meuse.
La capitainerie de Jambes est ouverte tous les jours de 12 à 18h.
Boulevard de la Meuse (en face du n° 40), 5100 Jambes
La capitainerie d'Amée est ouverte :
-      Mai, juin et septembre : du lundi au vendredi de 14 à 18h, WE et jours fériés de 10 à 19h.
-       Juillet et août : tous les jours de 10 à 19 h
Rue des Peupliers 2, 5100 Jambes
Contact : 081/313946   portdeplaisance.namur@skynet.be

samedi 15 juin 2013

Maureen Bachaus "Tell me who I am"





Le travail de Maureen Bachaus est principalement constitué d’assemblages réalisés à partir d’une photo initiale. Ces assemblages, constituent, en fait, des portraits d’individus, dont les pensées et les émotions sont prises comme point de départ.C’est dans ou sur une impression photographique - souvent exacerbée – que viennent s’enraciner différents éléments et fragments suggérant l’histoire sous-jacente de l’individu. Ces éléments peuvent être des objets emprunts de traces d’utilisation humaine, mais aussi des dessins et des textes.La corde est un matériau fréquemment utilisé, souvent placée en travers de la photo.
Cette corde, parfois nouée, parfois pendante, symbolise les limites et même l’emprisonnement, mais aussi la liberté que les êtres peuvent expérimenter par le biais de certaines pensées ou émotions.
D’autres aspects essentiels de l’œuvre de Maureen Bachaus sont la psyché humaine, la liberté d’expression et de pensée, l’identité humaine. D’intenses discussions avec des gens du monde entier ont conduit au ‘projet identification’ auquel Maureen travaille actuellement et qui repose sur les questions suivantes : qui suis-je, comment es-tu devenu celui que tu es aujourd’hui ? Ton identité est-elle liée à tes libres choix, ou est-elle déterminée par tes gènes, ton environnement, ta religion, ta famille ou ton gouvernement ? Le ‘projet identification’ rassemble des collages photos/assemblages, installations et projets vidéo que vous pourrez, en partie, découvrir au cours de cette exposition.

 
Maureen Bachaus :

Ecole des Beaux-Arts de Maastricht
Cycle post-académique « Hallo », Amsterdam
Aux Pays-Bas, Maureen Bachaus est représentée par la Galerie Wasink, en Suisse par la Galerie Tanner et en Belgique par la Galerie S&D DE Buck.

 




Exposition en cours

Galerie S&D DE Buck (Gent), Exposition Solo « Secret Properties » avec de nouvelles œuvres et video-art, 7 juin-30 juin 2013

Expositions récentes et présentations (petite sélection)

Musée Elburg, exposition de groupe 'In gesprek' - 2013
Varg e Vi, Centre d’Art Contemporain, Gjilan Kosovo, exposition solo, 2013
Art at the Warehouse Rotterdam, Présentation solo via Eduard Planting Gallery - 2013
Galerie S&H De Buck (Gent), exposition de groupe 'Het paradijs-Le paradis-The paradise', 2012/2013
Galerie Wansink, exposition de groupe 'Not for your eyes only' -2012
Galerie Daniel Tanner Zürich, exposition de groupe 'A little bit nasty' - 2012
Art Gent - via Galerie S&H De Buck, 30 nov - 2012
UNIT24 Gallery Londen, exposition de groupe 'Passion for Freedom', 2012
Chelsea Art Tower, 21th floor Gallery, New York - performance 'Tell me' - 2012
Rabobank – Série de réalisations artistiques sur commande - 2012
Galerie Wansink – exposition solo – 2011
 
 
Maureen Bachaus’ werk bestaat voornamelijk uit assemblages waarvan de basis gevormd wordt door fotografie. Deze assemblages zijn in feite portretten van mensen, waarbij hun gedachten en gevoelens het uitgangspunt zijn. Een - vaak opgeblazen- fotoprint fungeert als een achtergrond waarop geassembleerde elementen een fragment van het onderliggende verhaal suggereren. Deze elementen kunnen voorwerpen zijn met sporen van menselijk gebruik, maar ook tekeningen en/of teksten.
Een regelmatig gebruikt materiaal is touw, vaak dwars door de foto gemonteerd. Dit touw, soms in een knoop, soms met loshangende delen, symboliseert de beperking of zelfs de gevangenschap, maar ook de vrijheid die mensen kunnen ervaren door bepaalde gedachten of gevoelens.
Andere essentieel aspecten in Bachaus’ werk zijn de menselijke psyche, vrijheid van expressie en meningsuiting, de menselijke identiteit. Intense gesprekken met mensen over de gehele wereld hebben geleid tot het ‘identification project’, waar Bachaus momenteel aan werkt. Kernvragen bij dit project zijn: Wie ben je, hoe ben je de persoon geworden die je nu bent ? Is jouw identiteit een gevolg van jouw vrije keuze of bepaald door je genen, je omgeving, je religie, je familie of je regering ? Het ‘identification project’ bestaat uit fotocollages/assemblages, installaties en een video-project, waarvan een eerste deel tijdens deze expositie te zien is.


Galerie Short Cuts
 
mercredi de 14 à 21h
jeudi 18 à 21h
vendredi 18 à 21h
samedi 14 à 21h
dimanche 14 à 20h

Entrée libre