vendredi 25 octobre 2013

Biennale WTS # 7 : Marie Hendriks "Local Exoticism"


Dans le cadre de la Biennale Watch This Space # 7 organisée par le réseau 50° Nord autour de la création émergente contemporaine, Lieux-Communs présente jusqu'au 26 janvier 2014 l’exposition « Local Exoticism » de Marie Hendriks. La Biennale se déploie sur le territoire français et belge autour d’événements et d’une quinzaine d’expositions que les structures membres du réseau conçoivent avec des artistes de la jeune création eurorégionale sélectionnés sur dossier.


Marie Hendriks, née en 1981 à Nijmegen (Pays-Bas) vit et travaille en Belgique. Elle a notamment exposé en solo à la Maison Rouge (Paris), au Château des Adhémar (Montélimar) ainsi qu’au Palais d’Iéna (Paris), au Musée de Calais, au Fresnoy…
« Les rideaux et voilages servent dans nos maisons à obstruer la vue de l’extérieur vers l’intérieur, comme un frontière entre l’espace public et intime.
Pourtant, certaines personnes choisissent de placer, en façade, quelques objets en rebord de fenêtre entre la vitre et le voilage. Ce rebord de fenêtre devient alors comme un petit espace de représentation destiné à donner une idée, aux passants, de la qualité de la décoration intérieure, par ailleurs cachée.
L’espace de Lieux-Communs se situe entre deux vitres en rez-de-chaussée, le long de la façade de la gare.
J’ai choisi avec l’installation Local Exoticism, d’y recréer ce jeu entre ce qui est donné à voir et ce qui est laissé à deviner et, comme le suggère le titre, entre le proche et le lointain.
Un grand rideau théâtral, recouvre la totalité de l’espace du plafond au sol. Il est constitué d’une association surprenante de tissus aux origines et styles discordants : un motif de style classique à médaillons, un imprimé léopard ainsi qu’un motif floral et animalier exotique. Ce grand drapé coupe la vue sur l’intérieur du bâtiment. Son style indéterminé trouble et donne des indices contradictoires si l’on veut imaginer un espace assorti, dissimulé derrière.

 

Le rideau fonctionne également comme un fond de scène, puisque trois Contorsionnistes sont placés devant. Il s’agit d’un trio de « sculptures – socles » (des sculptures capables d’en accueillir d’autres sur leurs dos) réalisées en plexiglas miroitant et munies de mains en porcelaine. Deux d’entre elles sont sans pièce associée tandis que sur la troisième , à l’extrémité gauche, se dresse Singo. Cette différence crée un déséquilibre, un vide qui sont destinés à être comblés par les projections de volumes imaginaires des spectateurs.
La sculpture Singo prend la forme d’une vanité exotique. Un singe mange une banane tout en étant accroché à un bananier. L’arbre porte des fruits géants et aussi huit bagues énormes et clinquantes. Sur les genoux du singe, repose une petite Vénus. Elle se confond par sa carnation et sa taille avec les bananes au dessus de sa tête. Le singe se regarde dans un miroir et se voit comme une démultiplication de Ringo Starr, le batteur des Beatles qui doit son surnom à son goût pour les cavalières.


 

Il existe un dicton aux Pays-Bas qui dit: « Même si un Singe porte une bague dorée, il est et restera une vilaine chose ». Ce dicton illustre l’inutilité de la fatuité et invite à se méfier des apparences trompeuses. Difficile de deviner donc ce qui se passe réellement derrière les façades… » Marie Hendriks

 
"J’observe avec fascination les maisons et autres édifices qui, tout en s’inscrivant parfaitement dans leur patrimoine territorial, sortent du lot par une fantaisie de leur apparence extérieure. Ces petites extravagances faites d’art populaire, d’accumulations passionnées ou encore d’adaptations curieuses produisent une inquiétante étrangeté. Via une installation multimédia, j’aimerais reproduire cette sensation d’évasion momentanée. L’appartenance à une contrée circonscrite est partiellement remise en question, berçant le spectateur dans un entre-deux où l’unité de lieux est trouble." Marie Hendriks
 
"Mêlant réel et artificiel, à partir de références liées au folklore populaire, de souvenirs d'enfance, d'imageries des westerns et de paysages exotiques intrigants, Marie Hendriks fait naître un microcosme singulier et troublant qu'elle dévoile au sein d'aires d'exposition qu'elle métamorphose totalement en univers domestiques. Moquettes, tentures, papiers peints ornementés et désuets y forment un décor théâtral haut en formes et en couleurs.
Images et faux-semblants ou dédoublées, l'artiste propose des créations inédites autour d'une mythologie personnelle et mystérieuse inspirée de rites et de folklores traditionnels, qu'elle matérialise dans une théâtralisation du réel et la création d'espaces illusoires.
L'exposition plonge le spectateur dans une ambiance surannée qui joue avec l'ambiguïté d'une représentation du réel dont Marie Hendriks redistribue cartes et codes de lecture." Analix Forever

 
 
"From her souvenirs to the common cultures, Marie Hendriks stages stories, memories, myths and legends in settings that are at once baroque and anachronistic. Her photographs, videos and installations are characterised by a sophisticated mise en scène, where ornaments are sublime vectors of strong symbolic significations, full of allegories and metaphors. Thoughts on the art of a rising star.
The little girl? A sorceress, always. The art of magic implies much science, and the little girl knows it. She knows about bodies, about life and about the world; she knows about the time to come, the one of women; she knows that before this time there is another, immaterial time, the time called of childhood, during which she can pretend she doesn’t know; she can play – she can put at stake her knowledge, “playing with dolls” (actually playing pretending she’s a woman, a mother, representing what is still to come); she enchants the others, the world and herself, and plays pretending to be an adult without fears: she’s little. She’s out of society.
This time before time is rarely represented by girls, by those girls that belong to this mysterious false absence. Marie Hendriks (born in 1981) is one of them, someone that still dresses like a little girl, who speaks with a little girl’s voice, who includes her father, her mother and the whole family in her artistic games, and who enjoys dressing up the girls she puts on stage – and with which she plays -, like herself. In a neat, almost sulky denial of a reality that would have renounced to the wonders of childhood.
Hendriks draws inspiration from her birthplace – the Netherlands, of which she takes up textures, brocades, trails of blood and wooden essence – and imagines a world that far from opposing dreams to the stubborn reality of ordinary things, brings together mystery and daily life. A world where what is natural becomes supernatural thanks to the accuracy and rigor with which it is recreated, where natural and artificial intertwine, in this lack of distinctiveness that is typical of the best Dutch art."
Patrice Maniglier et Barbara Polla


 

vendredi 18 octobre 2013

Fresque de Gala Caki




Lieux-Communs souhaite aussi insérer dans l’espace urbain namurois des œuvres d’art permanentes, reflets de la création contemporaine.
Une première fresque de l’artiste polonaise Anna Zuber a été réalisée en 2012 en face de la Bibliothèque de la Ville de Namur et à l’entrée des Jardins du Maïeur.
Anna Zuber a arpenté le centre historique namurois pour y repérer les pignons ou les murs qui pourraient se prêter judicieusement à la réalisation d’une fresque.

Dans son œuvre, le mur a été conçu comme une paroi de verre permettant de redécouvrir deux arbres dans leur intégralité.
La proximité avec un lieu de culture, la Bibliothèque principale de la Ville de Namur, a également été privilégiée.
C'est la même logique qui a été choisie pour cette seconde fresque, réalisée sur l’édifice abritant le Cinéma Forum, la galerie d’art contemporain Short Cuts et la bibliothèque de Salzinnes.
L’artisteGala Caki est spécialisée dans les réalisations de grand format.
Originaire de Serbie, l’artiste a fait ses études artistiques à Novi Sad. Pour cette fresque, elle s’est basée sur les paysages urbains, l’architecture namuroise et la Citadelle de Namur.
Des parallèles existent entre ces deux villes fluviales que sont Namur et Novi Sad. A Novi-Sad, traversée par le Danube, la première pierre de la forteresse de Petrovaradin, dominant une colline, a été posée en 1692 par le Prince de Croÿ, symbole des liens et des échanges anciens entre régions européennes.
Une forteresse qui, pour l’anecdote et le clin d’œil, comporte de nombreux passages souterrains formant en tout seize kilomètres de galeries. Cette ville entra aussi, à un moment de son histoire, dans les possessions des Habsbourg. Novi Sad est enfin surnommée depuis le 19ème siècle l’Athènes serbe pour sa vitalité et son rayonnement culturel.


L ’artiste Gala Caki, née en 1987, a déjà exposé au Musée d’art moderne et au Multimedia Center de Novi Sad, à Belgrade, à Berlin, à Amsterdam, à Lisbonne, en Croatie, au Danemark…une carrière très internationale pour cette jeune artiste prometteuse de la scène artistique serbe.
Sonœuvre, réalisée à Namur pendant une dizaine de jours, se fonde sur une stylisation des volumes et des formes architecturales. Elle propose une vision personnelle des paysages urbains, de l’architecture namuroise et de la Citadelle de Namur.

Pour Lieux-Communs, il est intéressant de mettre en dialogue peinture, urbanisme et architecture. Ces relations croisées sont très présentes dans la création actuelle avec l’association fréquente d’architectes et de plasticiens comme Jean Nouvel et Daniel Buren. La peinture est d’ailleurs, pour l’architecte Richard Meier, porteuse d'un renouvellement de la perception spatiale.
Plus modestement, l’ambition de cette réalisation est également de requalifier un mur d’un bâtiment d’inspiration moderniste, mur devenu au fil du temps un chancre visuel.
La fresque de Gala Caki crée en quelque sorte une fenêtre permettant de questionner l’architecture, le thème de l’imaginaire urbain, le lien entre patrimoine et culture ainsi que tous les enjeux du développement d’une ville créative et durable.